Éditions

Le livre de lecture

La première fois qu’elle avait pu déchiffrer le premier mot sur le livre de lecture que lui présentait sa mère. Ce n’était pas dans une classe, mais dans la nature, en plein milieu des herbes un peu piquantes et rousses sur la colline.
La magie, la possession, l’impression d’avoir à soi le monde entier ; ce mot et de lui la puissance de saisir.
C’était comme si elle avait possédé cette matinée éclatante de soleil. Et cette impression n’avait jamais pris fin.
Aujourd’hui encore quand elle ouvrait un livre, les rayons éclaboussaient les persiennes. Elle se sentait aiguisée, comme avant un acte d’amour.

Acheter des livres, puis s’allonger sur son lit et les ouvrir, les découvrir.
Machinalement, elle leur grattait le ventre et les forçait à s’épanouir.
Tout en lisant, elle frottait son pouce contre la tranche, elle patounait comme les petits chats qui têtent. L’écriture coulait en elle, un lait magique qui lui ouvrait des imaginaires, de nouvelles enfances.