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Le Nu bleu

Des poètes du noir ou des poètes du bleu ? « Noirs ou bleus au bas de nos fronts ils brillent de ce qu’ils nomment » [1]. Même si le nu devrait être ce qui ne se nuance pas, « le noir du commencement » [2], je choisis le nu bleu - et je ne sais si dans ce choix joue en moi une réminiscence d’un tableau de Matisse - Pour moi le nu est bleu et au matin souvent tout bleu, l’azur demeure.

Le nu bleu se nuance. Il peut foncer, toujours davantage jusqu’au noir, il peut toucher la transparence jusqu’au bleu clair. Le nu bleu retrouve la présence physique par delà les perspectives d’une déposition intellectuelle. La nudité dont je parle est aussi celle du visage, celle du visage de l’autre qui se tourne vers moi - et c’est cela la nudité même. La nudité, cet abord de face dans le discours, écrire à visage découvert.

Le nu bleu est l’écriture du bleu sur du bleu. Il y a des degrés imperceptibles dans la différence, dans la ressemblance, la ressemblance du bleu avec le bleu, de l’également bleu avec le parfaitement bleu.
Bleu ciel dans le ciel bleu.
Ce qui n’est pas est toujours derrière, couleur derrière la couleur.
La mer ressemble-t-elle à la mer, le ciel au ciel, le bleu au bleu ?

Quel est ce maintien de la bleuité céleste ?

le ciel haut parfois plus foncé
voué comme le bleu de l’air au bleu de la mer

le nu bleu est dans ce livre considéré comme une fin en soi
Matisse utilisait bien le nu féminin pour base d’une construction picturale pure

offrandes d’oiseaux dans le soleil, légèrement tracés dans les mots
frêle aérien contact nu avec le nu même

Mon unicité vraie
ma simple mon enfance

Et j’aime l’essentiel
du bleu
qui nous sépare


(Extrait de Le Nu bleu)

[1Edmond Jabès, op cit, p. 159

[2Jean-Marie Gleize, Le principe de nudité intégrale, manifeste„ Seuil, 1995, p. 9.