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La danse des sept voiles

La revue Nu(e) est née d’une danse des sept voiles que, dans notre conception, il s’agissait de dépouiller d’une main ferme. Ils pourraient s’énumérer :

  1. le voile des chapelles poétiques, sommant chacun de choisir ses frères en poésie et de honnir les rénégats qui ne sont pas de son bord
  2. le voile du formalisme, corsettant dans une métrique et une rythmique convenues toute tentative neuve
  3. le voile du classicisme, établissant au-delà de Baudelaire et de Rimbaud un « mur du temps » poétique qui barre l’accès de la poésie moderne à toute une frange de lecteurs
  4. le voile du commentarisme, exigeant du poète un message sur lequel gloser indéfiniment
  5. le voile de l’hyperintellectualisme, desséchant la poésie en d’incompréhensibles ellipses qui creusent le fossé entre lecteur et concepteur
  6. le voile du « génie poétique » qui fait tout de chic, en sautant par-dessus l’immense travail que tout poète engage, même dans un poème d’apparence facile.

7. Mais nous avons cru bon de laisser à Nu(e) l’apparence d’un dernier voile, cette parenthèse qui reste l’intouché de la poésie.

Nu(e), c’est aussi pour nous une « jam session », un « cutting contest » de la poésie. Revue, moyen de se comparer, de se frotter aux meilleurs, de progresser. Moyen irremplaçable de donner les résultats de son travail d’écriture presque en temps réel. « Retour » au sens où les musiciens apprécient de disposer de hauts-parleurs qui leur restituent le son que la salle entend.

Nu(e), comme vivier, terreau, champ d’expérience, galop d’essai, espace d’ensemencement et de fertilité. Nous voudrions faire entendre une polyphonie plutôt qu’une polyphobie, des résultats d’écriture plutôt que des diktats théoriques, des chocs de styles plutôt qu’un ton unanime. Nous refusons tout manifeste, cénacle, s’ils signalent un sectarisme de coterie.

Nu(e), comme parole aux mineurs et minoritaires de la poésie, mais inversement occasion, pour les « grands auteurs », de se confier, de « baisser la garde ». Revue comme expérience de la métamorphose, comme étagement des degrés de l’écriture, comme travail passionné, fou, pour disséminer cette folie artiste. Une épidémie de poésie.